“L’image est une force qui parle à toute personne qui peut la voir.” Dans la plaine de l’Ain, la beauté de la nature se mêle à la force des images anciennes et contemporaines. Et si nous allions buller au pied du mur, le long d’un circuit des fresques pour les admirer ?
Cet été, pour vous détendre et profiter, l’office de tourisme vous propose une idée sortie insolite. Est-ce que ça vous dit d’aller buller au pied du mur ? D’une peinture murale médiévale à une façade street-art, la plaine de l’Ain vous emmène dans une balade imagée. Mettons un pas hors des sentiers battus, pour suivre le circuit des fresques. Une visite libre, à votre rythme, pour faire parler les murs.
Le circuit des fresques : 4 spots pour buller au pied du mur
L’image est universelle, elle ne connaît pas de frontière ou de barrière de la langue. Les artistes du passé et du présent tracent au gré de leur inspiration, ou de la commande, les contours d’histoires qui se figent là, pour la postérité. Église, château, maison, immeubles, tout est support à l’expression artistique.
Le circuit des fresques ce sont 4 lieux à découvrir au fil d’une balade en images. Une traversée imagée de la plaine de l’Ain, à faire à vélo, en train ou en voiture. Le temps d’une journée, d’un week-end ou à diverses occasions, c’est à vous de choisir votre rythme.
L’église de Saint-Maurice-de-Gourdans : faire parler les murs
Le périple commence à Saint-Maurice-de-Gourdans, au cœur d’une pépite presque oubliée, son église. Elle est un repère immuable dans le paysage des Saint Moriots depuis le 12e siècle. Depuis l’extérieur, rien ne laisse supposer qu’un trésor incroyable s’étend sur près de 102m², juste là, derrière sa porte rouge.

Une bible écrite sur les murs
Une fois entrés, le temps semble se figer, enveloppé dans un profond silence très apaisant.
De part et d’autre de la nef se révèlent une juxtaposition de scènes aux tons ocres et terre de Sienne. C’est une bible des pauvres qui raconte la vie de Jésus à ceux qui n’entendent ni le latin, ni l’écriture.



Aujourd’hui encore, mêlées à quelques passages de l’Ancien Testament, ces scènes, pour la plupart intactes, nous parlent d’éternité. Un message souvent véhiculé par le théâtre, les récits au coin du feu ou lors des offices partagés au sein de cette église toute simple et pourtant si touchante. Qu’il soit question de foi ou d’histoire de l’art, cette vingtaine de panneaux racontent le 15e siècle, à leur manière.


Ici les méchants sont représentés en vilains personnages accompagnés de diablotins. Là, le Léviathan
symbolise l’entrée de l’enfer où les flammes attisent les craintes des bonnes gens. Il n’est pas forcé de connaître les histoires illustrées sur ces murs pour simplement admirer le travail des artistes. Patiemment, ils ont tracé les contours des visages, des paysages, des symboles, dans le plus grand anonymat. Plus de 500 ans plus tard, la simplicité de cette œuvre touche en plein cœur le visiteur, qu’il soit croyant ou pas.

Une restauration et une découverte
Lors de la dernière restauration des peintures murales, la bonne surprise fut de mettre au jour des décors du 19e, aux teintes bleutées célébrant la Vierge Marie.
Couleurs, esthétisme et technique de peinture y sont très différents du reste de l’église, complétant l’Histoire du lieu.
En savoir plus
- Des visites guidées sont proposées l’été par l’office de tourisme.
- Audiovisite gratuite (appli Izi.Travel)
- Ouverte tous les jours de 7h à 19h
- Bonne adresse : le Sylak café
Le château de Montferrand à Lagnieu
Nous poursuivons notre circuit des murs peints direction le château de Montferrand à Lagnieu. Cette élégante demeure noble du 15e siècle abritait jadis la célèbre famille Montferrand. Divisé en 13 lots d’appartements après la Révolution Française, le château a vu ses intérieurs se transformer au fil du temps. En 1990 lors de son inscription aux Monuments Historiques, on note l’existence de fragments de scènes peintes, dont une scène de tournoi médiéval, sur les murs d’une de ses salles.

Sous la peinture, les œuvres
Un trésor était sur le point de se révéler après des années passées à l’ombre d’un débarras. Deux couches de badigeon furent minutieusement grattées avec précaution pour faire apparaître les décors peints. Une question garde alors toute la ville en haleine : ces peintures auront-elles une valeur historique ? Après une longue restauration, la réponse est, oui absolument !



Deux grands ensembles décoratifs s’offraient enfin à la vue de tous. D’abord des scènes assez archaïques, représentant des combats où un personnage en armure tue un lion, puis sur les murs est et ouest, des scènes liées à l’univers courtois et seigneurial médiéval.
La technique d’exécution des décors peints ainsi que les vêtements des personnages donnent un indice sur l’époque de réalisation de cet ensemble. Il date de la deuxième partie du 16e siècle.
Des souvenirs familiaux qui traversent les âges
Plusieurs fois se dessinent les traits d’Hercule dans ses 12 travaux, visant à lui faire atteindre l’immortalité. C’est lui, l’homme en armure. Lui faisant face, un mariage est représenté, celui de Charles le Téméraire, le puissant Duc de Bourgogne. Ces noces ont eu lieu en 1468. Ce qui se dessine ici, est donc le témoignage d’un souvenir familial. Les Montferrand assistèrent au mariage du siècle à Bruges, montrant ainsi leur importance. Le tournoi, les danses et l’arbre d’or sont autant de souvenirs d’un événement marquant.


Et pourquoi Hercule me direz-vous ? En toute modestie la famille de Bourgogne s’estimait être descendante de ce héros fictif. Ils racontaient tellement bien cette fable, que tout le monde se mit à y croire. Un bon hâbleur, assisté de belles images, écrit avec sa voix une toute nouvelle version de l’Histoire à qui veut l’entendre.
En savoir plus
La salle des peintures est accessible uniquement en visite accompagnée.
- Lors des journées européennes du patrimoine, visite gratuite (sur réservation)
- A la soirée annuelle “Histoires et p’tit canons”, Claudine-Alix-de Montferrand vous conte les souvenirs familiaux, accompagnés d’un apéritif inspiré des noces du Téméraire.
- Toute l’année pour les groupes dès 10 personnes, sur réservation auprès de la mairie de Lagnieu.

Le village de Saint-Sorlin-en-Bugey
Prochaine étape de notre circuit le village de Saint-Sorlin-en-Bugey et la fresque de St-Christophe.
Le long de la montée de l’église, un géant à la tunique vert d’eau attend le visiteur. Les teintes sont assez similaires à celles de Saint-Maurice-de-Gourdans, des rouges et ocres. Elles se mêlent aux douces couleurs pastel des rosiers qui colorent le petit bourg à la belle saison.


Quand la curiosité est un bon défaut
Le support choisi est cette fois extérieur. La façade d’une coquette maison, datant certainement de la
Renaissance, propose l’histoire d’un dénommé Offérus. Le lieu n’est pas anodin car la demeure clôt la ruelle pavée de galets qui menait à une des portes de la ville médiévale. Ce géant a été redécouvert au début du 20e siècle, un peu par hasard, par des habitants curieux. La scène avait été complètement recouverte, certainement dès le 17e siècle. Aujourd’hui, grâce à trois restaurations, elle apparaît plus belle que jamais.

Le géant converti
Le géant Offérus a dû cheminer longuement pour servir le Christ. C’est ce qui est figuré à gauche de cette fresque. On le voit portant l’enfant Jésus, l’aidant à traverser un fleuve profond. Ici il est question de protection et de quête intérieure.
Le géant cherchant à servir le monarque le plus puissant du monde s’est converti au christianisme, après une longue quête, pour devenir St Christophe. Il est le protecteur des voyageurs et des bateliers. Cette représentation monumentale permettait aux “bardiens” et aux étrangers de se sentir rassurés lors de leurs descentes du Rhône, alors très tumultueux.



La technique utilisée par le peintre est celle de la fresque qui ne laisse pas le droit à l’erreur.
Saurez-vous retrouver les petits “ratés“ de coloris ou de dessin ? Une fois devant la façade, regardez bien les mains des personnages…
En savoir plus
- La visite guidée St-Sorlin, village vigneron
- Visite théâtrale costumée : Benoitte et Félicitée vous parlent de leur village au 18e siècle.
- Visite combinée : St-Sorlin-en-Bugey / Vertrieu
- St-Sorlin, pays de vin vous emmène à la rencontre de viticulteurs passionnés
- La boulangerie est réputée pour ses viennoiseries maison
- Déjeuner au restaurant les Remparts (réservation conseillée)
Tenay et son circuit des fresques du 21e siècle
Pour redynamiser son paysage urbano-campagnard, Tenay a misé sur les aérosols, le bombing et la couleur. Ici pas de graffiti, mais un festival street-art haut en couleurs et en vie locale, le Khrôma festival. De feu son passé industriel prospère, la petite localité gardait de vieilles façades délaissées. Las de l’esthétisme monochrome grisâtre, monsieur le maire décida de faire peindre la joie à chaque coin de rue. Ainsi naquit cet incroyable festival riche en animations et surtout en street-art.


Un parcours d’art urbain parmi le circuit des fresques
Le street-art il y en a plein les grandes villes me direz-vous. Oui mais ici, un supplément d’âme y est apporté. Sur les façades des petits immeubles, des milliers de petits “pschitts” ont tracé les traits félins du lynx du Bugey, les petites écailles de la truite de l’Albarine ou les plumes duveteuses du martin-pêcheur. Le talent des artistes met en vie une faune riche et sauvage. L’infinie beauté de la nature côtoie l’histoire de la vallée. La sortie d’usine, la schappe, la fileuse ou l’ancienne poste sont autant de tableaux chatoyants et sensibles rappelant les activités qui ont nourri les familles locales.



Ce circuit artistique est décidément l’atout charme de ce petit bout du monde. Moderne, joyeux, poétique et en mouvement continu, le parcours séduira ceux qui aiment qu’une image suscite des “shebam ! pow ! blop ! wizz !”. Bienvenue dans le comic strip bugiste, dont les pages sont grandes comme des maisons qui touchent le ciel.


En savoir plus
- Découvrir l’Albarine au musée des traditions bugistes
- Faire une douce balade à Chaley
- Boire un verre au grand café, le bistrot du village
- Profiter des activités nature dans le Bugey
“L’art est à l’image de la création. C’est un symbole, tout comme le monde terrestre est un symbole du cosmos.” Paul Klee nous invite à colorer notre quotidien. Alors, vous commencez quand ?